Petit Blanc – Sur Céline

C’est toujours avec un peu de gêne que j’avoue être inspiré par l’œuvre de Louis-Ferdinand Céline. Cette peur de paraître prétentieux, de donner le sentiment de me comparer à un incomparable ; ça n’est évidemment pas le cas, mais il y a dans les romans de Céline une force, un désespoir, marqués aussi bien dans le style que dans les thèmes abordés, qui m’ont touché et continuent de m’imprégner longtemps après que je les ai lus. C’est une forme de littérature orale et tragique que je juge idéale, et que j’essaye d’approcher dans mes textes récents, encore très imparfaitement.

Cette figure tutélaire est parfois écrasante, sa présence m’a causé bien des troubles lorsque je travaillais à l’écriture de Petit Blanc, courant 2015. Il y avait ce roman que j’avais en moi depuis deux ans et que je voulais écrire à tout prix, et en regard ces quelques pages du Voyage au bout de la nuit où il était question de l’Afrique, d’une colonie où le héros « tente sa chance » et échoue, bientôt rejeté sur l’Atlantique et vers New York, alors qu’il est au bord de la mort. Dans les moments de doute, je me disais « pourquoi écrire en un roman des choses que Céline a dites mieux que moi, et en un seul chapitre ? » Mais bien sûr, je noircissais le tableau et oubliais la réalité du roman : tout a toujours déjà été dit en littérature, le plus important est la manière dont on le dit.

« Ça serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants. »

Ce chapitre du Voyage dont je parle est probablement le morceau de littérature qui m’émeut le plus, je l’ai lu des dizaines de fois et continue de frissonner lorsque j’y retourne. Le héros,  débarqué dans la brousse africaine, se retrouve à la colle avec un sergent colonial, Alcide, homme sans envergure, magouilleur et secret, archétype du « petit » que Céline critique vertement. Seulement voilà, le héros finit par découvrir que l’homme qu’il regardait de haut tout ce temps s’évertuait à magouiller, détourner, calculer dans le seul but de nourrir une nièce restée en métropole, et dont il a la charge. Le sergent Alcide, anomalie scénaristique au sein d’un roman très sombre, désespéré, symbolise une forme d’espoir en l’humanité. J’invite les curieux à écouter l’extrait, lu ci-dessous sur YouTube.

J’ai choisi, en hommage à Céline et à cette scène qui m’a tant marqué, d’intégrer le personnage du sergent Alcide à mon roman Petit Blanc. Mais mon Alcide est à bien des égards l’opposé de l’Alcide de Céline. Là où le sien est intelligent, calculateur et discret, le mien montre des signes de folie, il est une sorte de chapelier fou, et s’enorgueillit bruyamment des bienfaits qu’il prodigue à sa petite nièce restée en France, comme un nanti investi dans les œuvres caritatives qui rappellerait à tout propos sa générosité. En ce sens, mon Alcide me paraît beaucoup plus humain que le personnage lumineux de Céline, dans ses failles et les déceptions qu’il provoque. Un personnage comme mon héros en rencontre tant, au long de sa lente descente aux enfers…

Petit Blanc – Nicolas Cartelet
Parution le 4 septembre 2017
176 pages, 18,00 €
5,99 € au format numérique
Voir le titre sur le site de l’éditeur

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