Petit Blanc – Au revoir la mine

Il est venu un jour qu’arrivé à la mine, on n’avait plus besoin de mes bras. « Service réduit ! qu’a expliqué l’intendant, la marée a inondé une partie des excavations. Revenez demain ! » C’était net. On était quelques-uns à se voir ainsi refuser nos efforts. Beaucoup ont gueulé, ont joué les grands nécessiteux pour tenter d’amadouer le maton. Pas moi. Moi j’étais indifférent à l’affaire, je me mis aussi sec sur le chemin du retour, sans broncher – j’étais passé à L’Homme nouveau au matin, faire le plein ; ça m’aida largement à relativiser ma réalité. Et puis, comme Fort-Djaba s’offrait à moi, toute une journée rien qu’à moi, pour la première fois sans que je l’aie décidé, il me prit soudain une sorte de furieux optimisme. Peut-être bien que c’était un signe, ce jour chômé ! Symboliquement je quittais la mine, pas le choix, je m’ouvrais à quelque chose de nouveau ; ce vide laissé par le refus de l’intendant allait nécessairement se remplir, c’était physiquement indiscutable. Il allait se remplir par quelque chose de nouveau. Une ferme ? Un champ par-delà la brousse ? Des rangs de caféiers, des caféiers par milliers ? Ça me semblait tout à fait certain, oui. Les espoirs fumaient par mes oreilles. Je retournerais à l’Administration, ce midi-là, et cette fois tout aurait changé : on me tendrait les bras, on me chanterait la Marseillaise, on m’attribuerait la plus riche des terres de toute Sainte-Madeleine. En six mois je produirais bien davantage que tous les autres seigneurs réunis : le seigneur des temps modernes ce serait moi. Je retournerais à l’Administration, oui, à midi ou bien dans l’après-midi, peut-être. Tout se passerait comme j’avais dit, exactement. Mon bonheur, c’était pour maintenant ou pour jamais, alors je pris le chemin de la ville, le pas certes titubant mais tout à fait décidé, dans l’intention.

Je filai sur cinq ou six cents mètres avant de revoir mes plans. Comme il était tôt encore je bifurquai tout de même vers les docks, je me baladai un peu du côté des comptoirs, juste pour voir. Je fis des détours pas tellement explicables, ensuite.

Je passai ma journée sur le port.

Petit Blanc – Nicolas Cartelet
Parution le 4 septembre 2017
176 pages, 18,00 €
5,99 € au format numérique
Voir le titre sur le site de l’éditeur

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