Citation

Petit Blanc – Le port, l’alcool

C’était bientôt le soir quand je sortis sur la place de terre battue, aux pieds des bureaux administratifs. Je repartais bredouille, encore, c’est-à-dire désœuvré, surtout à cette heure où les gars terminaient le service à la mine. Il fallut donc choisir, entre : regagner ma hutte, très excentrée, presque dans la forêt, l’une des dernières construites à ce qu’on m’avait dit – et presque aussitôt libérée par le couple qui m’avait précédé, emporté par la maladie cinq jours avant mon arrivée ; regagner cette tombe de paille encore chaude, donc, ou bien descendre vers le port, à deux rues d’ici, une légère pente et puis les pontons de bois où s’alignaient les bistrots. À vrai dire ce choix-là fut vite fait. J’avais remarqué, bien que je fusse ici depuis seulement dix jours, qu’imperceptiblement, mais sûrement, ce choix-là, celui du port, était de plus en plus facile à faire. C’était presque doux, et c’était bien là la seule douceur que je ressentais encore, de me laisser porter par cette évidence : le port, bien sûr. Le port et ses bistrots. Mes jambes avaient pris le devant et m’entraînèrent dans la bonne direction avant même que j’eus formalisé mon choix dans mon esprit. Vaillant comme un soldat au son de la trompette, je battis la poussière d’un pas léger. En réalité, je traînais péniblement les pieds, incapable déjà de porter ma carcasse imbibée, épuisée – mais enfin l’enthousiasme qui m’animait à l’idée du port me fit voir les choses en rose ; pour moi c’était clair, c’était net : je gambadais comme un soldat au son de la trompette.

Le second choix à faire me demanda bien plus de concentration. Il y avait deux troquets à la hauteur de ma bourse, sur le port. Ils étaient les plus minables de tous évidemment, mais à mon niveau d’indigence ces choses-là ne comptaient plus, les autres bistrots je ne les voyais même plus, l’espace où j’étais encore capable de me projeter se limitait à ces deux enseignes, et donc à ce simple choix : L’Homme nouveau ou Le Comptoir de Djaba. Rien d’autre n’existait. J’avais une préférence pour Le Comptoir, parce qu’il était tenu par un Auvergnat, un rouquin qui suait et qui gueulait fort, mais qui m’avait à la bonne et rajoutait parfois un petit verre en fin de service, « le cadeau de la maison ». C’était un brave commerçant qui m’écoutait pleurer sur mon sort sans jamais se lasser et concluait invariablement ses conseils par l’injonction à boire : « Allons bon, Villeneuve, ne vous laissez pas abattre : un dernier pour la route ! » En somme il me vidait les poches tout à fait cordialement, ce dont j’avais précisément besoin. Seulement voilà, ma dernière percée dans son bar, deux soirs en arrière, nous avait laissés comme en froid, le rouquin et moi. Je lui avais cassé deux verres et brisé un tabouret, de colère face à l’injustice qui m’avait accablé. Le tabouret, ce gredin, ne s’était pas brisé tout seul, il avait eu la mauvaise inspiration d’emporter avec lui les côtes d’un grand gaillard, un mineur qui avait ricané au souvenir de ma fille. Moi qui avais toujours été doux, inoffensif de l’avis de tous, le deuil et l’alcool me découvraient violent ; je devenais ingérable. La bagarre ensuite avait dégénéré, on avait dû appeler les gens d’armes, on m’avait traîné au-dehors à grands cris, on m’avait raccompagné chez moi. Peut-être donc, me disais-je en gambadant, était-il plus prudent d’éviter Le Comptoir de Djaba, du moins pour quelques jours. Oui. L’Homme nouveau ferait très bien l’affaire, et puis les gars y étaient sympas, surtout les bûcherons et leurs histoires incroyables de la brousse. Le patron me parlait peu, mais je crois qu’il soupçonnait ma préférence pour le concurrent du Comptoir : peut-être, me voyant mieux disposé à boire son rhum, me ferait-il une ristourne sur la note, pour me fidéliser ? Oui, c’était tout à fait possible, l’idée me plaisait bien. Il me rincerait à l’œil, moi Albert, pour m’arracher au rouquin ! Déjà ses libéralités me donnaient des ailes, et comme je dévalais l’ultime ruelle avant le port je me vis sublime, loin des soucis : je caressais l’espoir de devenir le meilleur client de tout Fort-Djaba, celui qu’on attendrait, celui qu’on espérerait. Comment, Albert ne vient pas boire, ce soir ? Alors on ferme tout. C’en serait une sacrément bonne, de gloire, pour le petit Villeneuve !

Petit Blanc – Nicolas Cartelet
Parution le 4 septembre 2017
176 pages, 18,00 €
5,99 € au format numérique
Voir le titre sur le site de l’éditeur

Citation

Petit Blanc – Albert Villeneuve

Vous êtes des centaines à passer tous les jours. Mon travail, c’est pas de retenir vos têtes mais de vous demander vos noms. Si vous refusez de répondre, ’n’avez qu’à sortir et laisser votre place aux autres.

J’ai soupiré.

Je… Villeneuve. Albert Villeneuve. De Paris.

J’avais cédé devant sa froideur. De là, j’ai attendu des minutes qui m’ont paru des jours. Le petit fonctionnaire a sorti un autre registre de ses tiroirs, encore plus grand que le précédent, et s’est mis à en tourner les pages avec une espèce d’hystérie routinière ; depuis ma place, je voyais les mots et le papier défiler à toute vitesse. Ou plutôt, je voyais les lettres, parce que les mots, je n’avais jamais su les comprendre, alors à l’envers, c’était encore pire.

De temps en temps, le fonctionnaire s’arrêtait en haut d’une page ; l’espace d’un instant, son œil s’allumait comme s’il avait enfin trouvé mon nom. Moi aussi, je m’agitais naturellement, parce que j’avais l’impression que cette interminable attente allait enfin se terminer. Cinq ou six fois, il m’a fait le coup, s’interrompant et repartant de plus belle, pour des dizaines et des dizaines d’autres pages.

Et puis, il a fini par trouver. Au détour du papier, son doigt a soudain surgi de ses manches pour pointer une ligne de l’ongle.

J’étais .

Villeneuve ! a-t-il triomphé. Albert Villeneuve. C’est vous !

Je me suis penché sur le bureau, le cœur gonflé d’espoir. Aussitôt, le visage du petit fonctionnaire s’est refermé. Assombri, aussi.

Rien. ’Z’êtes toujours en file d’attente. Désolé pour vous.

Petit Blanc – Nicolas Cartelet
Parution le 4 septembre 2017
176 pages, 18,00 €
5,99 € au format numérique
Voir le titre sur le site de l’éditeur

Petit Blanc – Un roman pour septembre

Je l’avais annoncé fin 2016 : mon retour en librairie est imminent, puisque paraîtra le 4 septembre prochain mon nouveau roman aux éditions Le Peuple de Mü, intitulé Petit Blanc. Il s’agit d’un projet ancien (à mon échelle), auquel j’ai commencé à penser dès 2013, et que j’ai écrit, pour le premier jet, courant 2015. À mi-chemin entre les littératures de l’imaginaire et la littérature dite « blanche », vers laquelle je penche de plus en plus depuis quelques années, le texte a été très bien accueilli par Davy Athuil, mon éditeur au Peuple de Mü, avec qui j’ai pris énormément de plaisir à travailler sur ce projet. Les correcteurs et l’illustrateur de la couverture, Gilles Francescano, ont également été d’un soutien primordial : je les remercie vivement pour leur travail. Je suis fier du livre que nous avons mis au jour, main dans la main.

Cela paraît presque bateau de le dire, et pourtant j’insiste sur ce point : Petit Blanc est pour moi un roman très important, peut-être le texte dans lequel j’ai investi le plus de ma personne et de mes sentiments. Je suis sorti vidé de son écriture en 2015, tout comme Gilles Francescano s’est dit vidé après avoir achevé sa couverture. Au-delà de son aspect onirique, Petit Blanc est un roman où j’ai voulu parler d’Histoire, de deuil, de solitude, d’espoirs perdus. Un roman sombre que j’ai voulu profond, parfois tragique, mais aussi une aventure qui, je l’espère, vous enthousiasmera de la première à la dernière page. J’ai récemment appris que Le Peuple de Mü, cosignataire d’un appel des éditeurs de l’imaginaire pour la reconnaissance de leur travail, proposerait mon roman au Goncourt 2017. Je suis très flatté de ce choix, que je reçois comme une reconnaissance de mon travail d’écriture.

Mais alors, me direz-vous, Petit Blanc, de quoi ça parle ? J’y raconte l’histoire d’Albert Villeneuve, ouvrier pauvre de métropole qui quitte la France un jour de 1896 pour tenter de refaire sa vie sur l’île de Sainte-Madeleine. Albert Villeneuve n’a jamais existé : il est tous les « petits Blancs » à la fois ; l’île de Sainte-Madeleine non plus : elle est toutes les colonies à la fois. Débarqué dans le Pacifique, et comme ses rêves se heurtent  un à un à la réalité coloniale, Albert voit prendre corps tous les fantasmes mais aussi les craintes que le voyage lui a provoqués. Il ne s’agit pas d’un roman historique, mais d’une aventure que je crois intemporelle, celle d’un homme prêt à tout pour s’arracher à la misère. C’est un roman sur l’exclusion, le déterminisme social, la complexité des sociétés coloniales qui, loin d’avoir prospéré sur l’opposition binaire entre Occidentaux et indigènes, ont été une formidable machine à faire souffrir, à désillusionner même leurs propres défenseurs.

Voici le résumé imprimé sur la quatrième de couverture :

Dans l’espoir d’y trouver meilleure fortune qu’en France, Albert Villeneuve s’embarque pour un long voyage vers les colonies avec sa femme et sa fille. Il accoste seul à Sainte-Madeleine, son moral et ses espoirs noyés loin derrière lui.

Commence alors une nouvelle vie, faite d’alcool, de mensonges et de frustrations. Piégé sur cette île devenue prison, Albert fuit la folie vengeresse du sergent Arpagon. Sur la route du café, il cherchera la paix intérieure.

Petit Blanc est un conte cruel et onirique sur l’absence et les espoirs perdus. Nicolas Cartelet nous embarque pour un monde où immigrés pauvres et peuples colonisés partagent les mêmes chaînes.

En attendant la parution du roman, je posterai ici, ces prochaines semaines, des extraits du texte ainsi que quelques articles où je développerai des sujets qui me tiennent à cœur et sont présents dans Petit Blanc. Et pour une fois, j’attendrai la rentrée avec grande impatience ! Premier rendez-vous : le 16 août, date à laquelle le livre doit sortir de chez l’imprimeur…

Et ne ratez rien des infos à propos de Petit Blanc en rejoignant l’événement Facebook créé en vue de sa parution !

Petit Blanc – Nicolas Cartelet
Parution le 4 septembre 2017
176 pages, 18,00 €
5,99 € au format numérique
Voir le titre sur le site de l’éditeur

Un livre comme un au revoir

Au mois de mai de l’année 2014, en l’espace de quelques jours et par un concours de circonstances dont il serait laborieux de rapporter ici les détails, mon quotidien, et plus largement ma vie, furent tout à fait bouleversés. De doctorant en histoire ancienne à l’université de Rennes, où je devais par ailleurs assurer une charge de TD, je devins éditeur et dus m’installer à Paris. Ma thèse cependant n’était pas terminée, je n’étais alors qu’en deuxième année de doctorat, mais je mourais d’envie d’entrer dans la vie active, de rejoindre le monde de l’entreprise, et me fis donc la promesse d’achever mes recherches sur mon temps libre. Travailler le jour et étudier la nuit, tel était mon idéal lorsque j’emménageai dans la capitale, à l’été 2014.

Rien ne se passa comme je l’avais imaginé. Rapidement après mon arrivée à Paris, les études vinrent empiéter sur un autre de mes loisirs, le seul depuis longtemps à occuper mes soirs et mes week-ends : l’écriture. Je suis monomaniaque, on ne se refait pas, les études n’y survécurent pas. Peu à peu, donc, et après avoir arrêté d’enseigner, je cessai d’étudier, pour ne plus faire que travailler et écrire, le jour et la nuit. Je me désintéressai de l’histoire ancienne, ne révisai plus mon grec, les oubliai, probablement. J’abandonnai ma thèse. Longtemps, j’ai tenté de convaincre mon entourage, autant que moi-même, que je continuais d’avancer, de lire, de traduire, d’annoter, et qu’un jour ou l’autre, le lendemain, l’année suivante, j’achèverais ma thèse. C’était parfaitement faux, bien sûr, mais je trompais tout le monde. Tout le monde sauf moi.

Au mois de juin de l’année 2015, ce passé universitaire me rattrapa sans crier gare : on me proposa d’écrire un livre qui parlerait d’histoire grecque. Il s’agissait d’expliquer les réalités d’une pratique antique méconnue et pourtant fondatrice d’un mode de vie, d’une philosophie : la pédérastie grecque (car si chacun a déjà entendu l’expression « être pédé comme un Grec », qui sait vraiment ce que le terme pédérastie recouvre de pratiques et d’idées ?) Il s’agissait de raconter des histoires, de faire revivre sur le papier les idylles homosexuelles des grands noms de l’histoire et du mythe grecs – Achille, Héraclès, Alexandre le Grand… Alors, et lorsque je m’engageai dans l’écriture de ce livre (car, bien sûr, j’acceptai de l’écrire), lorsque je me remis à lire, à traduire, à annoter les auteurs qui m’avaient accompagné tout au long de mon périple universitaire, à les retrouver, en somme, et me réconcilier avec eux, je compris qu’il existait un acte par lequel tout était rendu possible, la jonction parfaite et définitive des actes d’étudierd’enseigner – au sens de partager, de transmettre – et de travailler : l’acte d’écrire. Ce que je n’étais pas parvenu à réaliser lorsque j’avais quitté Rennes pour Paris, lorsque j’avais quitté l’Université pour l’entreprise, je l’accomplissais désormais dans la construction de ce livre, point d’accord entre tout ce qui importait à mes yeux. J’étais loin d’être infaillible, j’avais abandonné l’enseignement, puis les études, et il m’arriverait sans doute d’abandonner à nouveau, d’ici à la fin de ma vie, mais il était une chose que, jamais, je ne pourrais laisser derrière moi, je m’en rendais à présent compte : l’écriture.

Un livre, donc, en forme d’au revoir à l’histoire grecque. En espérant qu’il vous intéressera, vous instruira, vous fera rire, penser, rêver, tous sentiments et états qui m’ont traversé lorsque je l’écrivais.

Aux origines de la pédérastie. Petites grandes histoires homosexuelles de l’Antiquité grecque, La Musardine, 200 pages, 20 €, 9,99 € au format numérique.

P00375_couv.indd

 

Le silence de l’atelier

Rentrée littéraire 2016, 560 romans vont paraître dans le courant du mois de septembre. Parmi ces titres, vous n’en trouverez aucun à mon nom. Je n’ai fait aucune annonce au sujet d’une future parution depuis plusieurs mois – d’une manière générale, je me suis tenu au silence sur les réseaux et mon blog, au point que certains proches s’en sont inquiétés et m’ont posé la question : « continues-tu d’écrire ? » La réponse est oui, plus que jamais.

Il y a plusieurs raisons à ce silence. La première est purement pratique : je n’ai pas eu d’actualité éditoriale sous mon nom depuis la parution de Time-Trotters. Je dis « sous mon nom », car depuis 2015, j’ai signé quelques titres sous pseudonyme, titres ayant connu des fortunes diverses et dont je vous parlerai peut-être, un jour. Pour le moment, je tiens à cet anonymat.

La seconde raison est plus personnelle : j’ai « investi » Internet en tant qu’auteur à la parution de mes premiers romans, et m’y suis voué corps et âme pendant un long moment. À présent que l’adrénaline de la primoédition est retombée, je porte un regard mitigé sur ces outils numériques dont les auteurs se servent pour se faire connaître. Chronophages, addictifs, ils m’ont trop souvent coupé de l’écriture : curieuse époque qui voit l’auteur sacrifier son temps de travail au profit du temps de promotion d’une œuvre qui, nécessairement, finit par disparaître s’il n’écrit plus. J’ai donc vaincu ma peur d’être oublié pour écrire davantage, et mieux : j’espère que mes prochaines parutions vous convaincront que j’ai eu raison – et me rappelleront au souvenir des lecteurs.

Enfin, ma discrétion est imputable au temps long de l’édition, qui voit certains projets se concrétiser des mois, voire des années après leur élaboration. Car au moment de parution d’un livre préexistent deux temps : celui de l’écriture, qui varie d’un auteur et d’un projet à l’autre, et celui de l’édition, phase de retravail du texte avec l’éditeur, qui finit par fixer une date de publication parfois fort lointaine (certains plannings éditoriaux sont fixés deux ou trois années à l’avance). Ainsi ai-je écrit, courant 2015, un livre à destination du rayon Histoire – document illustré sur l’homosexualité dans l’Antiquité grecque – qui paraîtra aux éditions La Musardine le mois prochain (mi-octobre 2016), et dont je vous reparlerai prochainement. Plus patients encore devront être les lecteurs des littératures de l’imaginaire, car mon prochain roman, écrit lui aussi en 2015, devrait paraître chez Le Peuple de Mü au second semestre 2017. L’histoire d’un ouvrier parti de métropole, fin XIXe siècle, pour tenter sa chance dans une colonie tropicale. C’est un texte que je crois « charnière » dans mon parcours d’auteur, et où je tente de faire la jonction entre mes différentes influences littéraires, entre roman social et aventure, entre fiction historique et fantastique, entre rêve et réalité. Il me tarde de vous le présenter.

Quant à l’instant présent, il est occupé à l’écriture d’une grande fresque historico-fantastique entamée il y a de cela deux ans, que j’ai trop longtemps délaissée et que je reprends désormais en mains, pour de bon. On en reparle d’ici 2020, hein ?

*Disparaît dans un écran de fumée et, tel Batman, se réfugie dans l’ombre et le silence de l’atelier*

L’île aux pélicans géants – troisième épisode des Time-Trotters

Titre : L’île aux pélicans géants
Série : Time-Trotters
Auteur : Nicolas Cartelet
Éditeur : Walrus
Genre : SF / Light-SF
Parution : 4 septembre 2014
Prix : 2,99 €
ISBN : 978-2-363-76247-4

Lien vers le livre

On y est ! Le troisième et dernier épisode des Time-Trotters sort ce jeudi 4 septembre ! Au programme – vous l’attendiez tous – un retour remarqué de notre chère Tarentula, toujours plus folle et énervée ! Propulsée sur une île déserte aux forts relents de Lost, la pauvre doit redoubler de violence pour se tirer du guêpier dans lequel une bande de terroristes l’a fourrée. Il s’agit, je l’ai dit, du dernier épisode de la série, mais probablement pas du dernier roman dans lequel Dorothée, Godillot et les autres apparaîtront ! Laissez-moi quelque temps de réflexion et je me remets très vite à l’ouvrage. Promis !

***

On l’avait perdue dans le temps. Elle est de retour. Fini la violence, rengainé le sabre, Tarentula est fatiguée et rentre chez elle, à son époque. La fin du voyage? Sauf si l’avion temporel dans lequel elle embarque est pris d’assaut par une bande de terroristes aussi roux que dangereux. Sauf si le vol 001 s’écrase sur une île déserte, remuée par des phénomènes aussi effrayants qu’incompréhensibles. Sauf si ses compagnons d’infortune se révèlent être de véritables bras cassés. Une fois de plus, le temps décide de n’en faire qu’à sa tête et La Tarentule en paye les frais. Fini la violence ? Rengainé, le sabre ? Pas si sûr…

Vous avez aimé la série Lost ? Vous détesterez ce que Nicolas Cartelet a osé en faire… L’île aux pélicans géants est le troisième tome de la série Time-Trotters, toujours plus loufoque et inattendue.

 

 

Tuto 02 « Au secours ! » – J’ai confié toutes mes économies à l’inspecteur Godillot, que faire ?

Cette fois, vous commencez à vous inquiéter. Dix jours que ce type étrange au chapeau, ce Godillot, vous a délesté des cinq cents billets verts que vous gardiez jusque là bien au chaud sous votre matelas. Dix jours sans nouvelles. Il vous avait pourtant promis, le Godillot, de vous ramener Grisette saine et sauve avant trois jours. Depuis, plus rien. À croire qu’il a filé à l’anglaise.

C’est là que vous venez me voir, tout penauds, tout honteux. Je vous entends d’ici. « Il m’a volé mon argent, m’sieur », que vous allez chouiner, « et même que j’ai jamais revu l’ombre de ma gerbille ! ». Pour un peu, vous ajouteriez « au voleur ! », puis toutes ces choses criardes, pénibles et, il faut bien l’admettre, parfaitement inutiles. « Comment que j’peux récupérer mon fric ? » n’oublierez-vous pas de conclure. « Comment, m’sieur Nicolas ? »

*Soupir*

Bon. D’abord, je me dois d’être honnête avec vous. C’était complètement con de débourser cinq cents billets pour une gerbille. Votre papa avait raison, le jour où vous l’avez ramenée de l’animalerie. « Et t’as payé pour ça ? » avait-il gueulé en tapant du poing sur la table. « Le chat l’aura bouffée en deux semaines, du beau gaspillage, ça oui! » Vous aviez pleuré, à l’époque. C’était pourtant vrai. Selon une étude récente commanditée par la NSA, si une gerbille vous coûte plus de cinq euros du début à la fin de son existence, c’est que l’investissement était foireux. Là, on parle de cinq cents euros. Le nombre cinq cents. D’autant que le fin mot de l’histoire, vous le connaissez : dans deux mois, vous retrouverez un petit squelette de rongeur derrière le canapé.

C’était bien le chat, en fin de compte.

Il y a autre chose que je dois vous dire, rapport à l’argent. Les honoraires de Godillot, vous ne les retrouverez jamais. Jamais. Il est déjà loin, à l’heure où vous vous lamentez sur votre sort, et quand je dis loin, je parle pas des Maldives. Je parle de longueur temporelle. 1850 ou 2250, je n’en sais rien, mais une chose est certaine, il a glissé dans la faille. Un bon conseil : faites donc le deuil de vos billets, payez-vous une petite mousse pour digérer l’injustice. Ah non, j’oubliais : vous n’avez plus d’argent. C’était d’ailleurs ça, le problème.

Pour les cinq cents euros, donc, c’est foutu. De mon côté, je ne peux que vous proposer un tuto, un gentil tuto, pour vous éviter de tomber à nouveau dans le piège. Suivant ma grande expérience de la charlatanerie (mentaliste de père en fils, eh ouais), je me propose de lister les indices qui doivent, si vous les vérifiez, vous mettre la puce à l’oreille.

Nous poserons la questions suivante : Comment reconnaître un vrai détective d’un bras cassé ?
Sujet type : Martial Godillot, inspecteur miraculé du concours de la police, détective à ses heures perdues (et il en a beaucoup depuis qu’il est perdu dans le temps), incompétent notoire.

Indice n°1 : il a la tête de l’emploi
Parce que qu’un type qui ressemble trop à un détective est trop beau pour être honnête. Le chapeau, le pardessus beige, l’air sombre… En réalité, cet attirail sert davantage à camoufler l’incompétence de son propriétaire qu’à asseoir son véritable statut. L’habit ne fait pas le moine, comme on dit. Tenez, Brice de Nice, tout le monde le prenait pour un surfer, pas vrai ? Que dalle ! Et Derrick, hein ? Vous vous en souvenez, de Derrick ? Toute la panoplie de l’inspecteur, des pieds à la tête ! Et il a fini comment, Derrick ? Déshonoré par son passé de SS ! Si c’est pas la preuve de ma démonstration, je vois pas. CQFD etc.

derrick

Indice n°2 : il tombe amoureux de vous après deux jours d’enquête
Ça non plus, ça n’est pas bon signe. Un détective qui tente de séduire ses clientes est, généralement, à éviter. Encore plus s’il tombe raide dingue de la victime et tire des plans sur la comète, à base de mariage et de ribambelle de marmots. Pensez à James Bond, le plus célèbre des agents secrets. Il sert tout ce qui bouge, 007, mais jamais il ne tombe amoureux. Godillot, c’est l’inverse : il ne conclut jamais mais, amoureux transi,  tombe raide dingue des jeunes femmes qui traversent sa vie. Un détective doit être froid, souvenez-vous-en. Froid et insensible aux charmes de la gent féminine. Masculine aussi, ça va sans dire.

Indice n°3 : Ses quinze derniers clients sont en procès contre lui
Parce que ça paraît logique, mais que ça ne l’est pas tant que ça. Il y a encore des types pour faire appel au pire plombier du monde, même quand celui-ci fait chaque semaine la Une de Sans aucun doute et que Julien Courbet le somme de rendre les 200 000 euros qu’il a extirpés à ses derniers clients. Parce qu’il y a encore des types pour aller faire une intoxication alimentaire chez l’italien du coin, alors que le restaurant a récolté une étoile de moyenne et 245 menaces de mort sur TripAdvisor. Un détective qui a déjà déçu vingt fois décevra une vingt-et-unième fois, c’est mathématique, à moins d’un miracle. Mais êtes-vous vraiment prêt à parier sur un miracle, quand on parle de Grisette ?

Indice n°4 : son CV est incompréhensible
Un stage de sauveteur de chatons égarés, un CDD de secrétaire en brigade des stups, six mois de chômage… Il est des CV qui vous paraissent plus fumeux que les autres. Celui de Godillot l’est encore plus. Pas moyen de donner un sens à son foutu parcours : est-il pompier volontaire ou membre du GIGN ? Personne ne le sait vraiment, et c’est probable que lui-même laisse planer le doute sur ses véritables activités pour passer entre les mailles du filet… À fuir absolument.

Indice n°5 : il vous promet le retour de l’être aimé
Et la fin de vos problèmes d’impuissance. N’insistez pas, vous vous êtes simplement trompé de porte.

Indice n°6 : il a lui-même souscrit à une formule « retour de l’être aimé »
Oui, Godillot est le genre de type à se faire avoir par ses collègues de l’indice n°5. Le genre à se faire vacciner contre la grippe, en somme. Trois fois. D’ailleurs, les honoraires que vous payez pour ses services sont en grande partie absorbés par ce n°5. C’est-à-dire que lui-même ne parvient pas à déceler l’arnaque, pourtant principe premier de son métier. Vous feriez confiance à un chien de chasse incapable de lever un lièvre galopant gaiement juste sous son nez ? Moi non plus.

Indice n°7 : il est instable, temporellement parlant
Parce que l’inspecteur Godillot, en plus d’être incompétent, a la fâcheuse manie de disparaître dans les méandres du temps dès que vous vous en rendez compte (de son incompétence). Et ça, c’est plutôt mauvais pour fidéliser la clientèle.

Alors à l’avenir, faites pas les cons. Surtout pour une gerbille. Et puis lisez Godillot, l’intemporel, tiens, ça mange pas de pain (mais ça paye le mien !).

inspector-gadget-gadget

 

À tous ceux qui ne savent pas bien à quoi ça ressemble, une gerbille, je vous offre ce visuel Google. Je découvre avec vous l’animal.

gerbille_1133_1La vache, c’est quand même mignon, cette saloperie. Je m’en veux un peu, du coup.