Un livre comme un au revoir

Au mois de mai de l’année 2014, en l’espace de quelques jours et par un concours de circonstances dont il serait laborieux de rapporter ici les détails, mon quotidien, et plus largement ma vie, furent tout à fait bouleversés. De doctorant en histoire ancienne à l’université de Rennes, où je devais par ailleurs assurer une charge de TD, je devins éditeur et dus m’installer à Paris. Ma thèse cependant n’était pas terminée, je n’étais alors qu’en deuxième année de doctorat, mais je mourais d’envie d’entrer dans la vie active, de rejoindre le monde de l’entreprise, et me fis donc la promesse d’achever mes recherches sur mon temps libre. Travailler le jour et étudier la nuit, tel était mon idéal lorsque j’emménageai dans la capitale, à l’été 2014.

Rien ne se passa comme je l’avais imaginé. Rapidement après mon arrivée à Paris, les études vinrent empiéter sur un autre de mes loisirs, le seul depuis longtemps à occuper mes soirs et mes week-ends : l’écriture. Je suis monomaniaque, on ne se refait pas, les études n’y survécurent pas. Peu à peu, donc, et après avoir arrêté d’enseigner, je cessai d’étudier, pour ne plus faire que travailler et écrire, le jour et la nuit. Je me désintéressai de l’histoire ancienne, ne révisai plus mon grec, les oubliai, probablement. J’abandonnai ma thèse. Longtemps, j’ai tenté de convaincre mon entourage, autant que moi-même, que je continuais d’avancer, de lire, de traduire, d’annoter, et qu’un jour ou l’autre, le lendemain, l’année suivante, j’achèverais ma thèse. C’était parfaitement faux, bien sûr, mais je trompais tout le monde. Tout le monde sauf moi.

Au mois de juin de l’année 2015, ce passé universitaire me rattrapa sans crier gare : on me proposa d’écrire un livre qui parlerait d’histoire grecque. Il s’agissait d’expliquer les réalités d’une pratique antique méconnue et pourtant fondatrice d’un mode de vie, d’une philosophie : la pédérastie grecque (car si chacun a déjà entendu l’expression « être pédé comme un Grec », qui sait vraiment ce que le terme pédérastie recouvre de pratiques et d’idées ?) Il s’agissait de raconter des histoires, de faire revivre sur le papier les idylles homosexuelles des grands noms de l’histoire et du mythe grecs – Achille, Héraclès, Alexandre le Grand… Alors, et lorsque je m’engageai dans l’écriture de ce livre (car, bien sûr, j’acceptai de l’écrire), lorsque je me remis à lire, à traduire, à annoter les auteurs qui m’avaient accompagné tout au long de mon périple universitaire, à les retrouver, en somme, et me réconcilier avec eux, je compris qu’il existait un acte par lequel tout était rendu possible, la jonction parfaite et définitive des actes d’étudierd’enseigner – au sens de partager, de transmettre – et de travailler : l’acte d’écrire. Ce que je n’étais pas parvenu à réaliser lorsque j’avais quitté Rennes pour Paris, lorsque j’avais quitté l’Université pour l’entreprise, je l’accomplissais désormais dans la construction de ce livre, point d’accord entre tout ce qui importait à mes yeux. J’étais loin d’être infaillible, j’avais abandonné l’enseignement, puis les études, et il m’arriverait sans doute d’abandonner à nouveau, d’ici à la fin de ma vie, mais il était une chose que, jamais, je ne pourrais laisser derrière moi, je m’en rendais à présent compte : l’écriture.

Un livre, donc, en forme d’au revoir à l’histoire grecque. En espérant qu’il vous intéressera, vous instruira, vous fera rire, penser, rêver, tous sentiments et états qui m’ont traversé lorsque je l’écrivais.

Aux origines de la pédérastie. Petites grandes histoires homosexuelles de l’Antiquité grecque, La Musardine, 200 pages, 20 €, 9,99 € au format numérique.

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Le silence de l’atelier

Rentrée littéraire 2016, 560 romans vont paraître dans le courant du mois de septembre. Parmi ces titres, vous n’en trouverez aucun à mon nom. Je n’ai fait aucune annonce au sujet d’une future parution depuis plusieurs mois – d’une manière générale, je me suis tenu au silence sur les réseaux et mon blog, au point que certains proches s’en sont inquiétés et m’ont posé la question : « continues-tu d’écrire ? » La réponse est oui, plus que jamais.

Il y a plusieurs raisons à ce silence. La première est purement pratique : je n’ai pas eu d’actualité éditoriale sous mon nom depuis la parution de Time-Trotters. Je dis « sous mon nom », car depuis 2015, j’ai signé quelques titres sous pseudonyme, titres ayant connu des fortunes diverses et dont je vous parlerai peut-être, un jour. Pour le moment, je tiens à cet anonymat.

La seconde raison est plus personnelle : j’ai « investi » Internet en tant qu’auteur à la parution de mes premiers romans, et m’y suis voué corps et âme pendant un long moment. À présent que l’adrénaline de la primoédition est retombée, je porte un regard mitigé sur ces outils numériques dont les auteurs se servent pour se faire connaître. Chronophages, addictifs, ils m’ont trop souvent coupé de l’écriture : curieuse époque qui voit l’auteur sacrifier son temps de travail au profit du temps de promotion d’une œuvre qui, nécessairement, finit par disparaître s’il n’écrit plus. J’ai donc vaincu ma peur d’être oublié pour écrire davantage, et mieux : j’espère que mes prochaines parutions vous convaincront que j’ai eu raison – et me rappelleront au souvenir des lecteurs.

Enfin, ma discrétion est imputable au temps long de l’édition, qui voit certains projets se concrétiser des mois, voire des années après leur élaboration. Car au moment de parution d’un livre préexistent deux temps : celui de l’écriture, qui varie d’un auteur et d’un projet à l’autre, et celui de l’édition, phase de retravail du texte avec l’éditeur, qui finit par fixer une date de publication parfois fort lointaine (certains plannings éditoriaux sont fixés deux ou trois années à l’avance). Ainsi ai-je écrit, courant 2015, un livre à destination du rayon Histoire – document illustré sur l’homosexualité dans l’Antiquité grecque – qui paraîtra aux éditions La Musardine le mois prochain (mi-octobre 2016), et dont je vous reparlerai prochainement. Plus patients encore devront être les lecteurs des littératures de l’imaginaire, car mon prochain roman, écrit lui aussi en 2015, devrait paraître chez Le Peuple de Mü au second semestre 2017. L’histoire d’un ouvrier parti de métropole, fin XIXe siècle, pour tenter sa chance dans une colonie tropicale. C’est un texte que je crois « charnière » dans mon parcours d’auteur, et où je tente de faire la jonction entre mes différentes influences littéraires, entre roman social et aventure, entre fiction historique et fantastique, entre rêve et réalité. Il me tarde de vous le présenter.

Quant à l’instant présent, il est occupé à l’écriture d’une grande fresque historico-fantastique entamée il y a de cela deux ans, que j’ai trop longtemps délaissée et que je reprends désormais en mains, pour de bon. On en reparle d’ici 2020, hein ?

*Disparaît dans un écran de fumée et, tel Batman, se réfugie dans l’ombre et le silence de l’atelier*

L’île aux pélicans géants – troisième épisode des Time-Trotters

Titre : L’île aux pélicans géants
Série : Time-Trotters
Auteur : Nicolas Cartelet
Éditeur : Walrus
Genre : SF / Light-SF
Parution : 4 septembre 2014
Prix : 2,99 €
ISBN : 978-2-363-76247-4

Lien vers le livre

On y est ! Le troisième et dernier épisode des Time-Trotters sort ce jeudi 4 septembre ! Au programme – vous l’attendiez tous – un retour remarqué de notre chère Tarentula, toujours plus folle et énervée ! Propulsée sur une île déserte aux forts relents de Lost, la pauvre doit redoubler de violence pour se tirer du guêpier dans lequel une bande de terroristes l’a fourrée. Il s’agit, je l’ai dit, du dernier épisode de la série, mais probablement pas du dernier roman dans lequel Dorothée, Godillot et les autres apparaîtront ! Laissez-moi quelque temps de réflexion et je me remets très vite à l’ouvrage. Promis !

***

On l’avait perdue dans le temps. Elle est de retour. Fini la violence, rengainé le sabre, Tarentula est fatiguée et rentre chez elle, à son époque. La fin du voyage? Sauf si l’avion temporel dans lequel elle embarque est pris d’assaut par une bande de terroristes aussi roux que dangereux. Sauf si le vol 001 s’écrase sur une île déserte, remuée par des phénomènes aussi effrayants qu’incompréhensibles. Sauf si ses compagnons d’infortune se révèlent être de véritables bras cassés. Une fois de plus, le temps décide de n’en faire qu’à sa tête et La Tarentule en paye les frais. Fini la violence ? Rengainé, le sabre ? Pas si sûr…

Vous avez aimé la série Lost ? Vous détesterez ce que Nicolas Cartelet a osé en faire… L’île aux pélicans géants est le troisième tome de la série Time-Trotters, toujours plus loufoque et inattendue.

 

 

Tuto 02 « Au secours ! » – J’ai confié toutes mes économies à l’inspecteur Godillot, que faire ?

Cette fois, vous commencez à vous inquiéter. Dix jours que ce type étrange au chapeau, ce Godillot, vous a délesté des cinq cents billets verts que vous gardiez jusque là bien au chaud sous votre matelas. Dix jours sans nouvelles. Il vous avait pourtant promis, le Godillot, de vous ramener Grisette saine et sauve avant trois jours. Depuis, plus rien. À croire qu’il a filé à l’anglaise.

C’est là que vous venez me voir, tout penauds, tout honteux. Je vous entends d’ici. « Il m’a volé mon argent, m’sieur », que vous allez chouiner, « et même que j’ai jamais revu l’ombre de ma gerbille ! ». Pour un peu, vous ajouteriez « au voleur ! », puis toutes ces choses criardes, pénibles et, il faut bien l’admettre, parfaitement inutiles. « Comment que j’peux récupérer mon fric ? » n’oublierez-vous pas de conclure. « Comment, m’sieur Nicolas ? »

*Soupir*

Bon. D’abord, je me dois d’être honnête avec vous. C’était complètement con de débourser cinq cents billets pour une gerbille. Votre papa avait raison, le jour où vous l’avez ramenée de l’animalerie. « Et t’as payé pour ça ? » avait-il gueulé en tapant du poing sur la table. « Le chat l’aura bouffée en deux semaines, du beau gaspillage, ça oui! » Vous aviez pleuré, à l’époque. C’était pourtant vrai. Selon une étude récente commanditée par la NSA, si une gerbille vous coûte plus de cinq euros du début à la fin de son existence, c’est que l’investissement était foireux. Là, on parle de cinq cents euros. Le nombre cinq cents. D’autant que le fin mot de l’histoire, vous le connaissez : dans deux mois, vous retrouverez un petit squelette de rongeur derrière le canapé.

C’était bien le chat, en fin de compte.

Il y a autre chose que je dois vous dire, rapport à l’argent. Les honoraires de Godillot, vous ne les retrouverez jamais. Jamais. Il est déjà loin, à l’heure où vous vous lamentez sur votre sort, et quand je dis loin, je parle pas des Maldives. Je parle de longueur temporelle. 1850 ou 2250, je n’en sais rien, mais une chose est certaine, il a glissé dans la faille. Un bon conseil : faites donc le deuil de vos billets, payez-vous une petite mousse pour digérer l’injustice. Ah non, j’oubliais : vous n’avez plus d’argent. C’était d’ailleurs ça, le problème.

Pour les cinq cents euros, donc, c’est foutu. De mon côté, je ne peux que vous proposer un tuto, un gentil tuto, pour vous éviter de tomber à nouveau dans le piège. Suivant ma grande expérience de la charlatanerie (mentaliste de père en fils, eh ouais), je me propose de lister les indices qui doivent, si vous les vérifiez, vous mettre la puce à l’oreille.

Nous poserons la questions suivante : Comment reconnaître un vrai détective d’un bras cassé ?
Sujet type : Martial Godillot, inspecteur miraculé du concours de la police, détective à ses heures perdues (et il en a beaucoup depuis qu’il est perdu dans le temps), incompétent notoire.

Indice n°1 : il a la tête de l’emploi
Parce que qu’un type qui ressemble trop à un détective est trop beau pour être honnête. Le chapeau, le pardessus beige, l’air sombre… En réalité, cet attirail sert davantage à camoufler l’incompétence de son propriétaire qu’à asseoir son véritable statut. L’habit ne fait pas le moine, comme on dit. Tenez, Brice de Nice, tout le monde le prenait pour un surfer, pas vrai ? Que dalle ! Et Derrick, hein ? Vous vous en souvenez, de Derrick ? Toute la panoplie de l’inspecteur, des pieds à la tête ! Et il a fini comment, Derrick ? Déshonoré par son passé de SS ! Si c’est pas la preuve de ma démonstration, je vois pas. CQFD etc.

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Indice n°2 : il tombe amoureux de vous après deux jours d’enquête
Ça non plus, ça n’est pas bon signe. Un détective qui tente de séduire ses clientes est, généralement, à éviter. Encore plus s’il tombe raide dingue de la victime et tire des plans sur la comète, à base de mariage et de ribambelle de marmots. Pensez à James Bond, le plus célèbre des agents secrets. Il sert tout ce qui bouge, 007, mais jamais il ne tombe amoureux. Godillot, c’est l’inverse : il ne conclut jamais mais, amoureux transi,  tombe raide dingue des jeunes femmes qui traversent sa vie. Un détective doit être froid, souvenez-vous-en. Froid et insensible aux charmes de la gent féminine. Masculine aussi, ça va sans dire.

Indice n°3 : Ses quinze derniers clients sont en procès contre lui
Parce que ça paraît logique, mais que ça ne l’est pas tant que ça. Il y a encore des types pour faire appel au pire plombier du monde, même quand celui-ci fait chaque semaine la Une de Sans aucun doute et que Julien Courbet le somme de rendre les 200 000 euros qu’il a extirpés à ses derniers clients. Parce qu’il y a encore des types pour aller faire une intoxication alimentaire chez l’italien du coin, alors que le restaurant a récolté une étoile de moyenne et 245 menaces de mort sur TripAdvisor. Un détective qui a déjà déçu vingt fois décevra une vingt-et-unième fois, c’est mathématique, à moins d’un miracle. Mais êtes-vous vraiment prêt à parier sur un miracle, quand on parle de Grisette ?

Indice n°4 : son CV est incompréhensible
Un stage de sauveteur de chatons égarés, un CDD de secrétaire en brigade des stups, six mois de chômage… Il est des CV qui vous paraissent plus fumeux que les autres. Celui de Godillot l’est encore plus. Pas moyen de donner un sens à son foutu parcours : est-il pompier volontaire ou membre du GIGN ? Personne ne le sait vraiment, et c’est probable que lui-même laisse planer le doute sur ses véritables activités pour passer entre les mailles du filet… À fuir absolument.

Indice n°5 : il vous promet le retour de l’être aimé
Et la fin de vos problèmes d’impuissance. N’insistez pas, vous vous êtes simplement trompé de porte.

Indice n°6 : il a lui-même souscrit à une formule « retour de l’être aimé »
Oui, Godillot est le genre de type à se faire avoir par ses collègues de l’indice n°5. Le genre à se faire vacciner contre la grippe, en somme. Trois fois. D’ailleurs, les honoraires que vous payez pour ses services sont en grande partie absorbés par ce n°5. C’est-à-dire que lui-même ne parvient pas à déceler l’arnaque, pourtant principe premier de son métier. Vous feriez confiance à un chien de chasse incapable de lever un lièvre galopant gaiement juste sous son nez ? Moi non plus.

Indice n°7 : il est instable, temporellement parlant
Parce que l’inspecteur Godillot, en plus d’être incompétent, a la fâcheuse manie de disparaître dans les méandres du temps dès que vous vous en rendez compte (de son incompétence). Et ça, c’est plutôt mauvais pour fidéliser la clientèle.

Alors à l’avenir, faites pas les cons. Surtout pour une gerbille. Et puis lisez Godillot, l’intemporel, tiens, ça mange pas de pain (mais ça paye le mien !).

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À tous ceux qui ne savent pas bien à quoi ça ressemble, une gerbille, je vous offre ce visuel Google. Je découvre avec vous l’animal.

gerbille_1133_1La vache, c’est quand même mignon, cette saloperie. Je m’en veux un peu, du coup.

Godillot, l’intemporel – second épisode des Time-Trotters

Titre : Godillot, l’intemporel
Série : Time-Trotters
Auteur : Nicolas Cartelet
Éditeur : Walrus
Genre : SF / Light-SF
Parution : 27 juin 2014
Prix : 2,99 €
ISBN : 978-2-363-76256-7

Lien vers le livre

Et ça continue, encore et encore ! Godillot, l’intemporel, second tome de la série Time-Trotters, est publié chez Walrus ce vendredi 27 juin. L’occasion de faire plus ample connaissance avec Martial Godillot, inspecteur incompétent devenu, fort malgré lui, intemporel. Attention où vous mettez les pieds : suivre cet homme, c’est s’assurer un sacré paquet de problèmes. Et de fous-rires !

***

Quoi de plus dangereux que le sabre de Tarentula, me demanderez-vous ? Je vous répondrai Godillot. L’incompétence, ça, c’est dangereux. Surtout quand l’inspecteur en question saute d’époque en époque, distillant les bavures au gré du temps. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale, on ne compte plus les clients ruinés par les erreurs de cet étrange détective, à la redingote et au chapeau sans âge. D’où vient-il, d’ailleurs ? Et jusqu’où pourra-t-il mener sa décevante carrière ? Avant qu’il ne glisse dans la faille, ils étaient une poignée à connaître la vraie nature de Martial Godillot. Après ça, ils seront des dizaines. Des dizaines d’anonymes trahis, prêts à tout pour venger l’injustice. Attention au retour de bâton…

« Godillot, l’intemporel » est le second volet de la série Time-Trotters, de Nicolas Cartelet.

 

Tuto 01″Au secours ! » – Je suis pris pour cible par Tarentula, que faire ?

Avertissement : cet article illustré est entièrement réalisé par mes soins, ce qui signifie que j’en ai également signé les dessins et croquis. Alors je sais ce que vous allez vous dire : décidément, ce type a tous les talents ! En plus d’écrire, il a un vrai coup de crayon! Je sais, la vie est injuste, mais c’est comme ça, et quelque part je vous emmerde (cordialement, hein). Si vous ne supportez pas le génie, passez votre chemin.
Amicalement.

***

Ma nouvelle série de romans courts, éditée en ce moment chez Walrus, met en scène un personnage particulièrement épicé du nom de Tarentula. Cette jeune femme, délicieuse par certains côtés, souffre néanmoins d’une série de défauts qui risquent de la rendre urticante, pour ne pas dire mortelle, à ceux qui auraient le malheur de se la mettre à dos.

À ceux-là, donc, je veux offrir ce modeste tuto : en tant que créateur de Tarentula, je me crois mieux placé que quiconque pour vous aider à échapper à sa folie. Oui, vous avez bien lu. Le voilà, son premier gros défaut : Tarentula est parfaitement folle.

Mettons-nous en situation. Si vous lisez ce tutoriel en espérant y trouver des réponses, c’est que vous avez mis Tarentula en colère. Si vous l’avez mise en colère, c’est que vous entrez dans l’une ou l’autre de ces deux catégories :
1) Vous êtes un homme doublé d’un criminel ;
2) Vous êtes un vieux pervers dégueulasse, et vous avez eu le malheur d’adresser une remarque salace à notre jeune héroïne ; pire, vous avez tenté d’abuser d’elle.
Dans les deux cas, laissez-moi vous dire que vous n’êtes pas un type très respectable. Dans les deux cas, Tarentula va vous faire passer l’envie d’être à nouveau un connard, SAUF (car il y a toujours un sauf) si vous suivez les conseils qui vont suivre. Alors, vous vous en sortirez, peut-être, presque en un seul morceau.

Intéressons-nous d’abord, en images, à la différence entre un individu mâle normal, serein, et un individu poursuivi par Tarentula.
(note : je dessine directement au stylo parce que j’ai la classe.)

Image1Les symptômes de l’individu traqué sont clairs : stress, probables tremblements et rétrécissement de l’attribut génital. Pour comprendre cette réaction, il suffit de jeter un œil à l’arsenal que transporte Tarentula à chacun de ses déplacements ; arsenal que j’ai modestement reproduit dans le dessin suivant :

Image2Vous l’aurez compris, Tarentula a (et ce depuis toujours) une nette préférence pour les objets tranchants. Trancher, elle adore ça. Pas seulement des fruits et des légumes ; la chair, aussi. La chair surtout, devrais-je dire. Dès lors, la plupart de ses cibles optent naturellement pour la solution directement dictée par l’instinct de survie quand ils se trouvent face à elle, j’ai nommé la fuite. C’est probablement ce que vous, pauvres ignorants, choisirez également lorsqu’une furie vêtue de cuir se lancera sur vous le sabre à la main.

Autant vous le dire tout net : vous auriez tort. Vous auriez tort parce que quel que soit l’endroit où vous vous réfugieriez, Tarentula vous retrouverait. Ça ne sert à rien de discuter : c’est comme ça. Même au sommet de l’Himalaya, même au fin fond du désert, elle vous rattraperait pour la bonne et simple raison qu’elle n’a rien d’autre à foutre. Vous traquer deviendrait sa seule et unique obsession. Dans l’épisode 1 de la série, elle rattrape même des types envolés dans le futur, c’est dire ! Vous avez mieux qu’une fuite dans le temps pour vous tirer d’affaire, peut-être ? Ça m’étonnerait beaucoup.

À moins que vous ayez le pouvoir de vous rendre invisible, donc – et j’en doute -, la fuite est à oublier. Ou alors, vous pouvez décider de mourir par vous-même, avant qu’elle ne vous tombe dessus. Avouez que ça perd tout de suite de son intérêt (si ce n’est qu’en le décidant, vous pouvez éviter de souffrir ; ce ne sera pas le cas avec Tarentula). Non, décidément, il faut vous y résoudre : vous allez devoir affronter la furie. Et c’est là, justement, que vont porter mes conseils.

L’idée sera donc de vous armer, avant l’assaut, de telle sorte que vous vous rendrez intouchable, ou du moins immunisé aux sévices fétiches de notre héroïne. Car Tarentula a ses préférences en matière de torture : comme je vous l’ai dit, elle adore trancher tout ce qui dépasse, en particulier chez l’homme. La stratégie imparable est d’éliminer a priori tout membre susceptible d’être sectionné. Penchons-nous successivement sur les différents niveaux de défense à notre disposition :

 Parlons franchement, sans pincettes : systématiquement, ce sont vos couilles et votre mandrin que visera Tarentula en premier lieu. Tous les hommes sauront de quoi je parle : la simple idée de se voir privé, violemment, de sa virilité fait frémir 50% de la population mondiale. Tarentula le sait. Et elle en joue. Pour éviter un tel choc, je ne vois qu’une seule parade : se lancer dans une carrière d’eunuque. Quand je parle d’eunuques, je pense à ces hommes ayant eu la bonne idée de se faire délester de l’intégralité du bazar, testicules et verge réunis. Alors je sais ce que vous allez me dire : tu racontes n’importe quoi, Nicolas, les eunuques, on ne leur coupe que les couilles ! Je le sais bien. Mais il va falloir faire un effort, les gars : si vous gardez le reste, Tarentula aura une prise sur vous. Vous voulez lui échapper, oui ou non ? Alors écoutez-moi. Et prenez dès à présent rendez-vous chez le chirurgien.

 Vous voilà maintenant libérés d’un fardeau et, accessoirement, privés de descendance. Hélas, vous n’êtes pas encore sortis d’affaire ! Car Tarentula a plus d’un tour dans son sac. Quand elle se trouve incapable de castrer son ennemi ou qu’elle l’a simplement déjà fait, elle soulage sa colère sur le reste. Le reste, c’est tous vos autres membres. Deux bras, deux jambes. Se faire couper un bras, quand on y pense, c’est pas beaucoup plus agréable que de perdre ses couilles. Ça fait mal, ça pisse le sang, et voilà qu’on passe déjà au niveau 2 de la parade : la stratégie de l’homme-tronc. C’est pourtant évident ! Sans sexe, sans bras, sans jambes, que pourra Tarentula contre vous? Pas grand-chose, à vrai dire. Qui c’est qui fait moins la fière, avec son sabre et ses poignards, maintenant ?

 Vous pensiez que c’était dans la poche. Vous croyiez avoir blousé la femme qui, avant que vous lisiez ce tuto, vous terrorisait jusque dans vos cauchemars. Le problème, c’est qu’avec vos stratagèmes de petits malins, vous me l’avez énervée, Tarentula. Et quand elle est énervée, elle coupe tout ce qu’elle trouve.

Le problème, c’est que malgré vos efforts, il vous reste encore quelque chose à perdre. Il lui reste quelque chose à couper, à Tarentula. Votre tête, elle est toujours au sommet de votre buste, pas vrai ?

Alors c’est loupé. Je vois qu’un seul truc, si vous voulez vraiment vous en tirer. Faites-vous couper la tête. Je veux dire, demandez à un ami de vous la trancher avant que Tarentula ne vous retrouve. Pour le coup, faudrait vraiment qu’elle soit vicieuse pour trouver encore à vous emmerder.

La frise suivante récapitule les trois mécanismes de défense abordés ci-dessus.

Image3Ce tutoriel touche déjà à sa fin. J’espère que ces quelques trucs et astuces vous tireront d’affaire le moment venu. En attendant, vous pouvez retrouver Tarentula, l’épisode 1 des Time-Trotters ici, vous devriez y trouver tout plein d’autres parades efficaces.

Tiens, juste au moment où je m’apprête à publier cet article, Tarentula me souffle à l’oreille qu’il existe d’autres façons d’éviter son courroux. Je vous les liste, pêle-mêle :

  • être un enfant ;
  • être une femme ;
  • ne pas être un con.

Vous pensez pouvoir y arriver ?

Note : Les œuvres à admirer dans cet article sont sous copyright, droit d’auteur, envoûtement chamanique et coffre fort numérique. Toute reproduction, citation, regard n’ayant pas fait l’objet d’une autorisation écrite est interdit et sera poursuivi par les autorités compétentes. Elles tomberont dans le domaine public 3700 ans après ma mort, mais croyez-bien qu’entre temps, mes descendants auront milité pour que le domaine public soit devenu payant.

Tarentula – premier épisode des Time-Trotters !

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Titre : Tarentula
Série : Time-Trotters
Auteur : Nicolas Cartelet
Éditeur : Walrus
Genre : SF / Light-SF
Parution : 29 mai 2014
Prix : 2,99 €
ISBN : 978-2-363-76244-3

Lien vers le livre

Nous y sommes ! Tarentula, 1er épisode des Time-Trotters, sort demain aux éditions Walrus. Cette série de romans courts comptera trois volets, chacun plus délirant que le précédent. En gros, vous y retrouverez une bande de bras cassés, tous plus ou moins violents, tous plus ou moins fous, perdus dans les méandres du temps. Ce premier tome vous présente Dorothée Bressler, aka Tarentula, une ex-actrice porno reconvertie dans le catch féminin. Une femme qui, vous le verrez, n’a pas froid aux yeux…

***

Proxénètes, tueurs de chiens, délateurs, tremblez ! Tarentula vient pour vous. Votre tête, rentrez-la dans vos épaules ; vos couilles, planquez-les derrière vos mains : elle, son sabre et sa folie vous poursuivront jusqu’aux confins de l’espace et du temps. À moins que l’inspecteur Godillot et l’agent Ralph Spieler, respectivement incompétent notoire et espion de renom, ne l’arrêtent avant la fin. À moins que toute cette histoire ne se termine mal, comme c’est souvent le cas lorsqu’une bande de détraqués aussi loufoques qu’imprévisibles se prend les pieds dans le tapis du temps.

Tarentula, premier épisode de la série Time-Trotters, place le lecteur sur les traces de Dorothée, ancienne actrice X reconvertie dans le catch féminin, entraînée dans une folle course temporelle… Une course à la vengeance et au sang.

Un mariage savoureux entre Kill Bill, Xéna la Guerrière et Terry Pratchett !