Un éditeur numérique, pour quoi faire ?

C’est une idée répandue un peu partout dans les méandres d’Internet. Même les acteurs de l’édition pure player s’en font l’écho : avec l’avènement du numérique, les éditeurs perdraient peu à peu leur intérêt. Motivés par les succès retentissants d’auteurs tels qu’Agnès Martin-Lugand (Les gens heureux lisent et boivent du café) ou David Forrest (En série), les auteurs sont de plus en plus nombreux à simplement « sauter » la case éditeur pour autopublier directement leurs textes. Moi-même, je me suis posé la question au moment où je terminais le premier tome de ma trilogie Néagè. Et puis, comme j’avais conscience d’avoir écrit tout sauf un roman grand public (Néagè est avant tout une déclaration d’amour à l’Antiquité grecque), je ne me suis pas senti les épaules d’en assurer seul la promotion. Mais voilà que d’autres projets voient le jour ; j’écris d’autres textes, d’autres romans et, doucement, insidieusement, la question de l’autopublication revient sur la table. Cette question, je la formulerais simplement : quels sont, aujourd’hui, les services et l’intérêt qu’offrent les éditeurs numériques aux auteurs ? — sous-entendus les intérêts supplémentaires à ceux proposés par l’autopublication.

Cette question, je vais tenter d’y répondre. Autant pour vous que pour moi.

Il est un constat, d’abord, qui tombe sous le sens : avec l’avènement du numérique, toute la chaîne de publication du livre se trouve chamboulée. Dans le cas d’un livre ayant pour vocation d’être uniquement publié au format numérique, un certain nombre de services traditionnels offerts par l’édition passent à la trappe. Soyons honnêtes : le livre est un produit commercial qui, historiquement, demande un lourd investissement pour trouver son public. Aussi l’apport des éditeurs à la chaîne du livre est-il essentiellement financier : eux possèdent la trésorerie, pas l’auteur. C’est donc eux qui assument le coût de production du livre papier (de la fabrication à l’impression), ainsi que sa diffusion / distribution chez les libraires. Reconnaissons que ces investissements sont lourds et impossibles à atteindre pour la bourse d’un particulier.

Avec le numérique, tout change. Faire un ebook, pour qui est relativement dégourdi, ça ne coûte rien d’autre qu’un peu de temps. Diffuser un ebook sur toutes les librairies en ligne, ça ne coûte rien d’autre qu’un pourcentage sur les ventes ; en somme, ça ne demande aucun investissement préalable. Autopublier son roman, c’est aussi faire le choix d’une rémunération très importante pour chaque titre vendu : quand un éditeur numérique, au mieux, vous propose 20 à 30 % de droits d’auteur, le service d’auto-édition d’Amazon vous reverse 70 % ! Autopublier son roman, c’est choisir son propre rythme pour le travail du texte, pour sa parution, pour sa promotion…

La promotion, justement, est également renouvelée à l’ère du numérique. Aujourd’hui, un ebook est essentiellement vendu via Internet et les réseaux sociaux. En somme, un auteur autopublié a désormais les moyens de passer par les mêmes canaux de publicité qu’un éditeur pure player. Ne vous voilez pas la face, un éditeur numérique n’ira pas payer une publicité dans Livres Hebdo pour vendre votre ebook : il passera, comme vous, par les arcanes d’Internet (mon éditeur a fait tirer des flyers pour Néagè, c’était chic de sa part, mais je n’ai pas l’impression que ce soit la règle dans le monde du pure player). S’il est un peu dégourdi, l’auteur autopublié peut donc espérer les mêmes retombées auprès des lecteurs en faisant sa promo dans son coin (puisque sa publicité touche le même public), moyennant un peu (beaucoup) de temps consacré à l’élaboration d’une identité numérique, condition selon moi préalable à tout succès éditorial 2.0.

J’ajouterai, enfin, que si les solutions de POD (impression à la demande) s’améliorent et se diffusent largement dans les années à venir, la plupart des auteurs autopubliés pourraient accéder à ce qui constitue, selon nombre d’entre eux, le graal de l’édition : un format papier pour leur roman adoré. Voilà qu’en deux paragraphes, j’ai enterré définitivement l’éditeur numérique ! Sur le papier, il semble bien que tous les services proposés par l’édition soient aujourd’hui accessibles à l’auteur seul, qui se servira du formidable trafic sur le site Amazon pour construire son succès. Le système Amazon fonctionne comme un engrenage à succès : les ventes entraînent les ventes (classements multiples, publicités ciblées par mail faisant la promo des réussites…) et un roman autopublié, dès lors qu’il se vend bien, a autant (voire plus) de visibilité qu’un roman paru chez un grand éditeur.

Mais alors, qu’est-ce qui reste à nos pauvres éditeurs numériques ? Car il leur reste forcément quelque chose, sinon ils auraient déjà disparu : mieux, avec l’avènement de l’ebook, l’édition pure player n’aurait simplement pas vu le jour pour laisser place à un monde d’autopublication. Il y a plusieurs jours que je réfléchis à cette question. Je suis parvenu à une liste de services qui, à défaut de le faire triompher, conservent un certain intérêt au partenariat avec un éditeur numérique. Pêle-mêle, les voici :

1) Il existe, encore, un certain nombre d’auteurs totalement ignorants de la chose informatique. Pour ceux-là, même la réalisation d’un ebook, fût-elle accessible à beaucoup de particuliers, relève de la science-fiction. Puisqu’il est parfois difficile de mettre à contribution son entourage, de tels auteurs ont plus qu’intérêt, si une édition numérique les tente, à se tourner vers un professionnel. L’expertise technique de l’éditeur pure player reste donc un service (qui, néanmoins, devrait être de moins en moins recherché avec le temps – dans le cas de textes simples où il n’y a pas besoin d’aller mettre la main dans de l’ePub3, j’entends).

2) L’éditeur numérique allège l’auteur du temps considérable que demandent la production et la promotion d’un livre. Après tout, tout le monde n’est pas prêt à mettre autant d’énergie dans la vente de son texte ; ça n’est d’ailleurs pas, historiquement, le travail de l’auteur de se faire le commercial de ses oeuvres (quoi qu’avec le triomphe des réseaux sociaux, ça le devienne de plus en plus). Ce service en temps me paraît toutefois limité : en effet, les éditeurs demandent aujourd’hui à leurs auteurs de s’investir de plus en plus dans la promotion des livres. On comprend, dès lors, que certains préfèrent consacrer le même temps à une activité qui leur rapportera 70 % de DA s’ils sont autopubliés, quand l’éditeur leur reverserait au mieux 30 % pour la même énergie dépensée !

3) Certains auteurs aiment se sentir épaulés, entourés dans leur aventure éditoriale. Signer avec un éditeur, c’est s’assurer un certain suivi de la part de professionnels, qui encadreront vos actions et prendront les initiatives. Le travail d’équipe constitue un service incontestable offert par l’édition (il implique le travail éditorial sur le texte, hélas de moins en moins fréquent), à condition bien sûr de tomber sur le bon éditeur. Mais ça, cest une autre histoire…

4) La « sagesse populaire » a beau tenter de minimiser cet aspect, la légitimité offerte par l’approbation d’un éditeur est aujourd’hui encore très recherchée par les auteurs. Je dirais même aujourd’hui surtout, à l’heure où des milliers d’ebooks nouveaux sont diffusés chaque jour sur Amazon, ePagine, Immatériel et ailleurs. Dès lors, le oui d’un éditeur apparaît comme un gage de qualité dans l’océan de médiocrité qu’est censée représenter l’offre autopubliée. J’en discutais récemment sur Twitter avec Sophie Fischer, auteure à venir chez Walrus : pour moi, recevoir une réponse positive d’un éditeur est déjà un succès en soi ; si demain, Bragelonne ou Walrus acceptent un de mes textes, j’aurai le sentiment d’avoir réussi, quand bien même les ventes seraient faibles ensuite (et quand bien même elles seraient plus faibles que si je m’autopubliais ! Je sais, c’est stupide, mais c’est comme ça, je me soigne).

5) J’en viens logiquement au dernier point. Au seul point, en fait, qui me paraît décisif et qui peut faire, encore pour longtemps, le succès des éditeurs. Si je continue d’envoyer mes écrits aux éditeurs, si je continue d’espérer les réponses positives comme ce fut le cas pour Néagè, c’est qu’au-delà de la légitimité que je recherche, c’est l’envie d’être ajouté au catalogue d’un éditeur dont j’ai aimé les livres qui me meut. Il me semble que c’est la ligne éditoriale, dont l’aura fonde l’image d’une maison, qui continue de faire le succès des éditeurs. Un éditeur, c’est quelqu’un qui, à force de travail et de temps, s’est construit une identité en sélectionnant des textes de qualité qui forment un ensemble cohérent, un ensemble qui attire les lecteurs.

Pour moi, la chose est claire : j’ai beau être moi-même éditeur numérique, j’ai beau savoir faire à peu près tout ce que ferait l’équipe de Bragelonne-Snark, de la production à la promotion d’un livre, je continue de lui envoyer mes textes car c’est l’image de l’éditeur que je recherche, au-delà de son expertise. Par image, j’entends la renommée, la visibilité, la qualité supposée du contenu… Quoi de plus naturel, au fond ? Combien de jeunes auteurs de Fantasy anglo-saxonne ont rêvé d’être publiés chez l’éditeur de Tolkien ? Combien ont rêvé d’ajouter leur nom au catalogue où figurait déjà le maître du genre ?

Une image, ça fait rêver. Et puis, accessoirement, ça fait vendre.

Le lundi de Pâques, Neil Jomunsi publiait un bel article sur l’autopublication et ses perspectives. Il terminait en imaginant un jour prochain, où les gros éditeurs français proposeraient peut-être un service d’autopublication aux auteurs. Il s’agirait là d’un service gagnant-gagnant : l’éditeur aurait à portée de mains un pool d’auteurs « gratuits », au milieu duquel il piocherait ponctuellement un auteur à succès pour l’amener du côté de la lumière, avec un vrai contrat d’édition ; l’auteur, de son côté, profiterait de l’image de l’éditeur. C’est-à-dire qu’il se servirait de son aura pour vendre davantage de livres. Gageons qu’un tel système a du potentiel. L’image, plus que jamais, est un produit : le marché du numérique l’a bien compris.

Avec ou sans le papier, le numérique avancera

Il se trouve qu’à côté de ma thèse, je me forme aux métiers de l’édition. Dans les faits, ça veut dire que je bosse en freelance pour quelques éditeurs et que j’enchaîne les stages. C’est sympa, les stages. Ah oui, j’oubliais : je suis en train de réfléchir au lancement d’une petite maison d’édition numérique, mais chut, ça reste confidentiel pour le moment. Pendant que je fais tout ça, je rencontre des libraires, des éditeurs, des maquettistes… Je leur parle un peu, ils me parlent beaucoup (parce que j’ai soif d’apprendre, vous comprenez). Je les écoute avec des yeux ronds.

Et j’en entends un sacré paquet, de bêtises.

Évidemment, quand une conversation entre un pro et un futur éditeur dure un certain temps, il arrive immanquablement que le numérique s’invite au centre des débats. Comme les éditeurs ignorent que je publie mes romans au format numérique et que je connais plutôt bien la question, ils me parlent comme à un novice. Moi, je pense que le numérique est une avancée formidable. Je pense que les métadonnées permettront de faire le lien entre des milliers de livres et d’univers. Je pense que le partage d’écrits commentés (notamment pour la littérature scientifique) permettra un réel dialogue entre les lecteurs et, in fine, une amélioration de l’expérience de lecture. Eux (les professionnels de l’édition) ne pensent pas ça. Et lorsqu’ils discutent avec moi, de manière plus ou moins explicite, ils essaient de m’embrigader. Mieux, ils essaient de me mettre en garde contre ce mal qui monte. Le mal du numérique.

Le numérique, c’est la victoire d’Amazon sur le monde des gentils. C’est la fin du travail éditorial. La clef sous la porte du libraire (comme si les deux phénomènes étaient liés…). Le piratage à tout va. Je ne résiste pas à l’envie de vous citer, presque mot pour mot, ce qu’un professionnel de l’édition m’a dit il y a de cela deux mois. Je vous assure qu’il était sérieux (son ton était prophétique, inquiétant même, un peu comme celui de Gandalf quand il calme la joie de Bilbo, dans son trou de Hobbitebourg) :

« Le numérique, c’est la mort de l’édition. Tous les livres seront bradés à 0,99 € et l’auteur ne pourra espérer que 4 ou 5 % de DA, sinon son éditeur coulera. En fait, ce sera aussi la mort de la création. »

Édifiant.

Mais très vite, alors qu’on vient de m’annoncer l’apocalypse, on s’empresse d’embrayer sur les mille et une raisons pour lesquelles finalement, ça ne se passera pas comme ça en France. Je sais, c’est assez paradoxal avec l’emphase que l’on vient de déployer pour me vendre le danger numérique. Mais les éditeurs ne sont pas à un paradoxe près. Il y a deux arguments principaux, qu’on me ressert inlassablement avec autorité :

1 – Les Français n’aiment pas le numérique. Point final. Le numérique représente à peine 5% du marché du livre en France, c’est le désamour, le divorce, le rejet. On aime la culture en France. La vraie.

2 – Quand bien même le numérique gagnerait en importance, il n’atteindra jamais les 20-25% du marché du livre comme aux USA. Vous comprenez, la France, c’est très différent des USA, là-bas certains doivent rouler 300 km pour trouver une librairie. Ça explique l’essor phénoménal des ebooks qu’on y a observé.

La plupart des futurs éditeurs boivent ce genre de discours comme du petit lait, parce que ça vient de professionnels, et les pros, c’est bien connu, ça ne se trompe jamais. Moi, je prétends que ce discours n’est absolument pas dicté par l’expérience et l’objectivité, mais par la peur. La peur d’être dépassé, la peur de perdre son emploi, la peur du changement en somme. La même peur qui anime  Tim Waterstone, en Grande-Bretagne, lorsqu’il prédit le déclin à venir du numérique face au papier. Ce discours procède également d’une vision biaisée de la situation : pour ces éditeurs, ces libraires, ces maquettistes, ces commerciaux, le numérique est un concurrent au papier. Je pense que c’est vrai uniquement pour les distributeurs/diffuseurs. Je vais y revenir.

Je passe sur les nombreux clichés du genre (le numérique, ça fait mal aux yeux, c’est bourré de fautes, ça ne « sent » pas le livre…) pour m’attarder sur ces deux arguments qui, à mon avis, méritent plus que les autres d’être discutés.

La France serait l’exception mondiale anti-numérique. Le modèle économique américain ne pourrait pas s’y implanter. Sérieusement, c’est une blague ? Depuis quarante ans, absolument tous les modèles économiques venus d’outre-Atlantique nous ont touché. La France n’est pas le Japon : elle mange bien sagement ce que l’Oncle Sam lui sert. Pour une fois que ça m’arrange, je peux le dire : le numérique explosera en France comme le McDo l’a fait en son temps. Certes, dans un pays 20 fois plus petit que les USA, personne ne se retrouvera à plus de 300 km de la première librairie, mais ne voit-on pas mourir les uns après les autres nos petits bouquinistes adorés ? Même les grands groupes, tels que Virgin et Chapitre, se sont effondrés. Il arrivera, je le crois, un moment où il deviendra difficile de se procurer le livre papier que l’on souhaite sans passer par Amazon ou, plus largement, Internet. À ce moment-là, le livre numérique sera également visible et accessible que le livre papier. Seuls les best-sellers seront encore achetables dans le supermarché du coin. Alors, à mon sens, les éditeurs auront massivement migré vers l’offre numérique, hybride (num/papier) ou exclusive.

(Une remarque en passant : au risque de déplaire, je crois que ce ne sera pas l’adhésion des lecteurs mais les contraintes économiques qui pousseront les acteurs du livre à se jeter pour de bon dans l’aventure numérique. Nous avons beau nous croire nombreux, les enthousiastes de l’ePub comme moi restent une minorité. Quand l’imprimerie a été inventée, ce n’est pas l’enthousiasme mais la perspective de produire davantage et moins cher qui l’a emporté.)

Quant à l’idée selon laquelle le numérique provoquerait la mort des petits éditeurs, qui faisaient pourtant l’exception culturelle française, je la trouve tout bonnement ridicule. Les petits éditeurs ne vont pas mourir, ils vont simplement devoir changer. Comme les entreprises l’ont fait avec l’avènement d’Internet. Certes, ceux qui ne voudront pas s’adapter mourront, mais les autres, ceux qui auront l’intelligence de faire évoluer leurs pratiques, auront encore de beaux jours devant eux. Or le voilà, notre problème : les éditeurs, en majorité, ne veulent pas s’adapter. Par peur, ils se persuadent – et essaient de persuader les autres – que le jour du numérique n’adviendra jamais. Le seul fait qu’ils en parlent autant – et avec agressivité, encore ! – prouve qu’ils savent qu’ils ont tort. Ils sentent le vent tourner. Et ils tremblent d’avance.

Ce que tous ces gens ne comprennent pas, c’est que c’est en refusant de voir ce qui arrive qu’ils construisent l’opposition entre numérique et papier. Il existe des modèles hybrides qui ont de l’avenir : la POD (print on demand : impression à la demande), par exemple, satisfait à la fois l’auteur et l’éditeur. Il subsiste la possibilité de sortir un livre papier et l’éditeur ne perd plus des milliers d’euros en impression et en stockage des invendus. Le seul à grincer des dents est le libraire, car il devient alors un commerçant comme les autres, responsable de son stock puisque c’est lui qui commande les impressions en fonction de ses perspectives de vente (le principe du retour disparaît mécaniquement de l’équation). Mais n’est-ce pas normal qu’aujourd’hui, au moment où les éditeurs ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, ils aspirent à partager les risques avec leurs revendeurs ?

Du côté éditorial, la solution existe pour aller vers ces modèles hybrides. Il suffit que l’éditeur construise un fichier XML en amont, état premier du livre, qui sera ensuite mouliné à la fois par InDesign (pour l’impression papier) et par le générateur d’ePub (pour la version numérique). Un ami éditeur me faisait récemment remarquer à quel point cette évolution bouleverse les mentalités : le numérique ne découle plus du papier comme s’il était une sorte de sous-livre. Au contraire, numérique et papier sont mis sur le même plan, issus du « livre brut », qu’est le fichier xml. Pour apprendre les bases du xml, quelques semaines de formation suffisent. Mais croyez-le ou pas, au moment où j’écris ce billet, les équipes freinent cette évolution dans un grand nombre de maisons. Normal, ça changerait leurs habitudes.

C’est important, les habitudes. Mais est-ce vraiment plus important que l’emploi ?

Bien sûr, pendant le temps qu’elles perdent à refuser le numérique, les maisons d’édition assurent à qui veut bien l’entendre qu’elles s’y mettent, qu’elles sont modernes. Mais chaque jour à ignorer l’ebook, leurs employés creusent un peu plus la tombe de leur emploi : quand il faudra vraiment la faire, cette révolution, je serai probablement engagé à leur place. Ça ne fera jamais qu’un senior de plus sur le marché du travail…

Avec ou sans le papier, le numérique avancera. Si les maisons d’édition historiques préfèrent se voiler la face, d’autres les remplaceront. À moins qu’elles n’externalisent toute la fabrication du livre. Alors, elles perdront tout contrôle sur ce qu’elles sont censées produire. Pour le coup, le métier d’éditeur sera réellement mort. Par leur faute. Pas par celle du numérique.